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La banque de graines de Svalbard, Norvège, a été inaugurée le 26 février.
C'est une importante capacité de stockage ex situ de ressources génétiques de plantes cultivées, que la Norvège met à la disposition de la communauté internationale dans le Spitzberg. Elle est appuyée par l’ensemble du dispositif international de gestion de la diversité génétique cultivée végétale. Une forte campagne médiatique a accompagné cette inauguration, contribuant à sensibiliser le grand public sur l’importance du troisième niveau de la biodiversité, celui des ressources génétiques. Elle a également suscité de nombreuses questions, notamment sur l’action menée dans ce domaine au niveau international, mais aussi en France.
La conservation et l’utilisation durable de la diversité génétique cultivée fait l’objet d’actions concertées au niveau international depuis les années 1950, avec la création progressive des centres internationaux de recherche, et avec l’établissement à partir du début des années 1980 d’un « système mondial » sous l’égide de la FAO. A ce jour, il comprend :
la Commission des Ressources Génétiques pour l’alimentation et l’agriculture (qui se réunit tous les 2 ans),
un « Etat du monde des ressources génétiques végétales » (1996, le deuxième étant prévu prochainement),
un Plan d’Action Mondial pour la conservation et l’utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (1996), qui énumère les vingt « actions prioritaires » que les Etats doivent considérer pour établir leur politique de gestion des ressources génétiques,
un Traité International sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (2004, que la France a ratifié en 2005) qui permet d’échanger les ressources génétiques au sein d’un système multilatéral,
et des réseaux de gestion des ressources génétiques des plantes cultivées, comme ECPGR en Europe, dont la France fait partie.
L’objectif de ce dispositif mondial est de connaître la diversité génétique des plantes cultivées et d’en organiser la conservation, afin de sauvegarder pour chaque espèce cultivée les caractères et capacités d’adaptation qui pourront être utilisés à la sélection de nouvelles variétés, répondant aux besoins des agriculteurs, aux demandes des consommateurs et aux contraintes croissantes de l’environnement. La connaissance des ressources génétiques est un préalable à toute activité de conservation et doit être menée dans le contexte même de ces ressources. En fonction des caractéristiques nationales de l’agriculture, de la sélection et de la recherche, chaque politique nationale de gestion de la diversité génétique combine différents modes et outils de conservation, in situ (au champ) et ex situ (par vergers conservatoires, collections – les « banques de graines » évoquées – nécessitant généralement des infrastructures de froid), des bases de données recensant l’ensemble de l’information disponible sur chacune des ressources génétiques maintenues, et des moyens financiers publics et privés.
L’existence en France de longue date d’une activité importante de recherche et de sélection a débouché sur la constitution progressive d’un grand nombre de collections de travail et, pour certaines espèces, d’amateurs. Plutôt que d’ajouter à ce tissu une grande banque de gènes centralisée, la France a opté dans la Charte Nationale pour la gestion des ressources génétiques (1998) pour un dispositif collectif regroupant en réseaux les détenteurs publics, privés et associatifs de collections. Selon un cahier des charges agréé collectivement, ils identifient au sein de leurs collections les ressources génétiques représentatives du patrimoine génétique français, constituent ainsi une Collection nationale, dont ils se répartissent les charges de conservation.
L’avantage de cette option est double. D’une part, elle permet d’associer le secteur privé à une activité de conservation qu’aucun Etat ne peut assumer intégralement sur fonds publics, en continu et de façon concertée hors de l’urgence et des aléas budgétaires. D’autre part, et plus fondamentalement, elle associe à la définition et à la mise en œuvre des choix de conservation l’ensemble des parties prenantes intéressées, au plus près de leurs activités quotidiennes, du terroir dans lequel se sont épanouies ces variétés, et des citoyens intéressés à leur patrimoine végétal. En deux mots, ce n’est pas le congélateur (qu’elle qu’en soit la forme) qui conserve la diversité, mais les hommes, avec leurs connaissances, qui l’utilisent comme outil. La question pour la diversité végétale française n’est pas de savoir « combien la France va mettre de graines à Svalbard », mais ce que Svalbard apporte aux actions et aux politiques en cours.
La banque de graines de Svalbard est un outil qui promet d’être performant et qui est particulièrement bienvenu pour les Etats qui disposent de faibles infrastructures de conservation. Au niveau européen, le réseau ECPGR, dans une logique proche de celle des réseaux français, commence à réfléchir à un Système Intégré de banques de gènes (AEGIS), complétant les politiques nationales de connaissance et de gestion des ressources et s’appuyant sur leurs infrastructures. Dans ce contexte, la banque de graines de Svalbard sera amenée à y jouer un rôle complémentaire, comme banque de secours pour certaines espèces. Dans l’immédiat, son inauguration a déjà joué un rôle très positif pour les actions en cours, en attirant l’attention des médias, du public et des décideurs sur l’importance de la conservation de la diversité génétique, et de la poursuite des efforts publics et privés, notamment dans le cadre du « système mondial » de la FAO. |